Il y a 111 ans débutait le Sayfo.
Un génocide encore trop méconnu, qui a coûté la vie à des centaines de milliers d’Araméens, Syriaques, Chaldéens et Assyriens, mais aussi à de nombreux Grecs pontiques.
Des hommes, des femmes et des enfants massacrés en raison de leur identité, de leur culture et de leur foi. Des communautés chrétiennes entières déracinées de leurs terres ancestrales.
Pourtant, malgré l’abondance des témoignages, des archives et des travaux historiques, ce génocide n’est toujours pas reconnu par la Belgique.
Cette reconnaissance est l’un des combats que je porte. C’est dans cet esprit que je présenterzi demain à la Chambre ma proposition de résolution visant à faire reconnaître officiellement ce génocide par notre pays.
Une reconnaissance qui ne change pas le passé, mais qui permet de rendre justice à la mémoire des victimes, de lutter contre l’oubli et de rappeler une vérité essentielle : aucune souffrance humaine ne doit être effacée de notre mémoire collective.
Ce dimanche, j’ai été invité à prendre la parole lors de la commémoration dédiée à la mémoire de toutes les victimes araméennes. Un devoir de mémoire qui n’est pas un regard vers le passé, mais un engagement pour l’avenir.
Voici le discours que j’ai prononcé :
Chers amis,
Ce rassemblement annuel, fidèle, dans le recueillement et dans la dignité est important. Primordial, même.
Il dit quelque chose de puissant.
Il dit : nous sommes là. Nous n’avons pas oublié. Et nous ne laisserons pas le silence faire le travail de ceux qui ont voulu effacer un peuple, une culture, une langue, une foi, une présence plusieurs fois millénaire.
C’est pour cela qu’il était naturel pour moi d’être parmi vous ce soir, à la veille de la commémoration des 111 ans du génocide araméen.
111 ans.
Et pourtant, rien dans cette cérémonie n’appartient seulement au passé. Rien ici n’est figé.
Parce que ce que je ressens ici, ce n’est pas uniquement une mémoire blessée.
C’est aussi une exigence de vérité, de justice et de reconnaissance. Une exigence d’avenir.
Le génocide a coûté la vie à des centaines de milliers d’Araméens.
Derrière ce chiffre inimaginable de victimes, il y a une même histoire meurtrie. Un même peuple frappé dans son existence.
Il y a des villages, des familles, des visages.
Je pense, par exemple, à Ayn-Wardo, dans le Tur Abdin. En 1915, alors que les massacres frappaient les villages voisins, des familles araméennes s’y sont réfugiées autour de leur église. Des femmes, des hommes, des enfants. Ils n’étaient ni des soldats, ni une menace pour qui que ce soit. Ils voulaient simplement survivre. Pendant des semaines, ils ont tenu, dans la peur, dans la faim, dans l’incertitude. Ce village est devenu, pour beaucoup, un symbole de résistance, de survie et de transmission.
Lorsque nous parlons du génocide araméen, nous ne parlons pas seulement d’un crime de masse. Nous parlons de ces enfants, de ces mères, de ces pères, de ces communautés entières qui ont vu leur monde s’effondrer, mais dont la mémoire a traversé les générations jusqu’à nous.
Vos ancêtres ont vécu un crime organisé, prémédité, mené avec la volonté systématique d’anéantir un peuple en raison de ce qu’il était. Araméen, chrétien.
Un crime qui porte un nom, et qu’il faut nommer.
Nommer le génocide, le dénoncer. Pas pour rouvrir les blessures. Mais pour empêcher qu’elles soient recouvertes par le mensonge.
Pour poser, enfin, les bases d’une vérité partagée.
C’est pour cette raison que le combat que vous menez pour la reconnaissance officielle du génocide est nécessaire.
Et je veux que vous le sachiez, je suis à vos côtés dans ce combat.
La reconnaissance est un acte politique fort.
Elle engage tout une société dans son rapport à la vérité, à l’histoire et à la dignité des victimes.
Elle affirme que la douleur des descendants des victimes n’est pas ignorée et que cette histoire a un place dans notre mémoire collective.
Elle rappelle également que le temps ne suffit pas à effacer un crime contre l’humanité.
Parce qu’il y a une seconde violence, après celle du massacre. C’est celle du déni ou de l’effacement. Celle qui oblige les descendants des victimes à devoir encore prouver, expliquer, documenter ce que leurs familles ont vécu dans leur chair.
Cette violence-là, nous devons la refuser. Je la refuse.
C’est pour cette raison que, au sein de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, je porte cette cause. J’ai déposé une proposition de résolution pour que le gouvernement, comme il l’a fait pour le génocide des Arméniens en 2015, reconnaisse également celui des Araméens. Celui des Chaldéens, des Syriaques, des Assyriens. Et aussi celui des Grecs pontiques.
Ce combat, je le porte en moi depuis mon entrée au Parlement. C’est pour cette raison que j’ai créé la journée des génocides à la Chambre, lors de laquelle les communautés que vous représentez sont invitées chaque année.
Mais je le portais, en réalité, déjà depuis des nombreuses années. Après avoir, notamment, vécu au plus près l’horrible génocide des Tutsis en 1994, en tant que journaliste.
Ce combat doit au fond tous nous concerner. Chacune et chacun.
Aujourd’hui, 111 ans après cet épisode qui aura marqué à jamais votre histoire, il est plus que temps de reconnaitre le génocide dont vous avez été les victimes.
Parce que, comme je le répète régulièrement, reconnaitre un génocide, c’est non seulement honorer les morts, mais c’est aussi protéger les vivants.
L’histoire le rappelle régulièrement, les crimes non reconnus, ouvrent trop souvent la voie à de nouvelles violences.
La mémoire est donc aussi une barrière contre la barbarie de demain.
Et puis, il y a les jeunes générations. Les enfants, les adolescents, les jeunes adultes. Ils doivent avoir le droit de grandir dans un pays qui leur dit : « ce qui est arrivé à vos aïeux était un crime ».
Voilà pourquoi, chers amis, vous pouvez compter sur moi pour mener ce combat à vos côtés.
Ce soir, sur cette place, vous n’êtes pas seuls.
Vous portez la mémoire de ceux qui ne sont plus là. Mais vous la portez debout et ensemble.
Vous continuez à prononcer le nom de vos ancêtres. À transmettre leur histoire. Vous ne les laissez pas mourir une seconde fois par l’oubli.
Cet acte de mémoire et de fidélité est admirable.
Merci donc à chacune et chacun d’entre vous pour votre présence ce soir.
Pour que la mémoire des victimes du génocide continue de nous obliger, de nous éclairer et de nous rassembler.
Pour nous montrer que votre peuple tient debout.
Je vous remercie.







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