Certaines polémiques en disent davantage sur l’état de notre société que sur l’objet qui les déclenche. La controverse autour de la nouvelle crèche de la Grand-Place de Bruxelles en est une illustration parfaite.
Soyons honnêtes : cette crèche modernisée divise. Son style froid, minimaliste, déshumanisé, en a surpris plus d’un en Belgique comme à l’étranger. Comme le dit l’adage, « tous les goûts sont dans la nature ». Il peut donc être légitime de ne pas l’aimer. C’est d’ailleurs mon cas, et je comprends parfaitement celles et ceux qui regrettent la chaleur d’une crèche plus traditionnelle. Dans ma vision, Noël symbolise la fraternité, les lumières douces et familières, la tradition.
Mais au-delà de l’esthétique, il est important de s’en tenir aux faits. Je ne crois pas que cette crèche, créée par une artiste se disant ouvertement catholique, ait été pensée pour renier notre culture, nos valeurs ou effacer la symbolique chrétienne. Si cela avait été l’intention, la Ville l’aurait simplement supprimée. Elle ne l’a pas fait. Jésus, Marie et Joseph sont toujours présents. Les autorités religieuses précisent d’ailleurs avoir été associées au choix et l’ont validé comme projet plus inclusif. J’ajoute que, personnellement, je n’ai jamais entendu aucun citoyen d’autres confessions demander qu’on retire la crèche de la Grand-Place de Bruxelles. Au contraire, certains élus bruxellois musulmans regrettent aujourd’hui qu’elle perde son caractère traditionnel et chaleureux et réclament à leur tour la réinstallation de l’ancienne crèche. Trop d’inclusivité, argument avancé par la créatrice, finit donc par tuer l’inclusivité. Nous sommes bien au pays du surréalisme.
On peut donc débattre du goût, discuter de l’opportunité artistique. On peut aussi discuter de son coût me semble-t-il exorbitant : 65.000 euros ! Une gabegie au moment où les finances communales et régionales sont exsangues.
Mais il est dangereux de transformer cette crèche en arme identitaire. Instrumentaliser un choix esthétique pour propager l’idée que notre société « renie ses valeurs » ou serait « sous pression » de telle ou telle communauté relève d’une rhétorique nauséabonde. C’est jouer avec les peurs et avec les fractures qui fragilisent déjà notre vivre-ensemble.
Car c’est bien cela que révèle cette controverse. Une époque où tout devient prétexte à s’indigner, à caricaturer, à dresser les gens les uns contre les autres. Une époque où, l’écho hurlant des réseaux sociaux permet aux agitateurs de tous bords de transformer instantanément chaque sujet en champ de bataille idéologique. Toucher à une crèche revient à ouvrir une porte que certains se précipitent pour franchir, souvent sans nuance et sans mesure.
Alors entendons-nous bien, la crèche de la Grand-Place n’est pas un simple objet décoratif. C’est un symbole public, une part de notre imaginaire collectif. Les réactions de ces derniers jours le prouvent. La modifier, c’était prendre un risque. Et lorsque ce risque est mal évalué, il faut que toutes les parties prenantes l’assument. Quitte à faire amende honorable. Mais en politique, un mea culpa relève du miracle. Il aurait fallu anticiper que ce type de choix artistique allait susciter des réactions vives. Il aurait fallu se souvenir du sapin moderne, fait de cubes, qui avait été installé en 2012 sur la Grand-Place et qui avait déjà mené aux mêmes polémiques.
Mais ce qui choque le plus le bruxellois, libéral et humaniste que je suis, ce n’est pas la crèche en soi. C’est ce que certains en font.
Noël devrait être un moment de rassemblement, de fraternité, pas de division. Cette période devrait rappeler ce que nous avons en commun, pas ce qui nous sépare. Transformer cela en un outil politique pour attiser les rancœurs est, pour moi, une faute.
Alors oui, ce choix artistique est, peut-être, pour beaucoup une erreur. Il a sans doute manqué de sensibilité et de prudence. Mais l’erreur la plus lourde ne vient pas de la crèche. Elle vient de ceux qui, au lieu de chercher à rassembler, utilisent chaque occasion pour diviser.
Que cela n’empêche pas ceux qui aiment Bruxelles de profiter de son Marché de Noël (car oui, pour ceux qui l’ignorent ou feignent de l’ignorer, le marché de Noël existe à quelques pavés de la place Ste Catherine et est nommément appelé comme tel), de profiter de la patinoire et des autres et nombreux « plaisirs d’hiver » qu’offrent notre belle capitale. A commencer, une fois la nuit tombée, par les féeriques sons et lumières pleins de magie sur (pardonnez-moi ce bref élan de modestie bruxelloise) la plus belle place du monde !







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